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Frédérique Gobet: " En reliure, il faut une intelligence des doigts"
Quand Frédérique Gobet s'est installée au 26-28 rue Rodier, les voisins étaient soulagés. Un atelier de reliure venait rompre le rythme régulier et soutenu des ouvertures de salons de massage dans la rue. Frédérique nous fait découvrir ce métier d'art.
Frédérique Gobet, relieur au centre avec Gabriela et Lucie.
Le téléphone coincé entre une oreille et une épaule, la scie dans la main, Frédérique est en train d'expliquer calmement la situation à sa cliente qui n'a pas l'air de comprendre. Elle scie en même temps la planche qui fait office de plan de travail sur laquelle Gabriela et Lucie dissèquent les livres pour les embellir. Frédérique est ainsi, avec une énergie et un entrain débordant. Elle a la générosité de ceux qui aiment transmettre et la fougue des passionnées.
Comptable de métier, Frédérique a toujours eu la passion de l'histoire et des livres. Elle a fait de la reliure son passe-temps et finalement sa profession. "Avec mon métier de comptable et ce que je savais des difficultés de mes clients, il m'était difficile de lancer ma propre affaire. Le statut d'auto-entrepreneur a été une aubaine. Cela m'a permis de commencer en douceur. J'ai décidé de changer de vie", explique-elle.
Frédérique va parfaire sa pratique auprès de Nathalie Lemaitre, meilleur ouvrier de France dans la reliure. Encore aujourd'hui, elle parle avec émotion de ses années de formation. Elle aime, à son tour, transmettre et accueille régulièrement des stagiaires.
Ayant quitté la banlieue, Frédérique s'est installée, il y a un an, dans son petit atelier de 21 m2, rue Rodier. Son métier? Redonner une deuxième voire une troisième vie à un livre.
"Le livre peut avoir une valeur sentimentale, comme un client qui me demande de relier son dictionnaire. Pour d'autres, ce sera le coté pratique pour relier une thèse, mais aussi des rapports d'avocats ou d'entreprises et tous les registres de l'État, commente Frédérique. L'État exige que tous les registres soient reliés. Cette obligation a permis que ce métier ne disparaisse pas."
En France, il y a une réelle culture de la reliure car elle fait partie du patrimoine. L'Angleterre, la Belgique ou l'Italie ont également ce savoir-faire.
Ce métier est très technique. Comptez au moins dix ans pour le maîtriser. "Il faut une intelligence des doigts, être capable d'appréhender le livre, la qualité du papier car il a une âme. L'aspect artistique est capital. Le sujet, l'époque, les illustrations en noir ou en couleurs du livre vont conditionner notre reliure", commente-elle.
En bibliophilie, la reliure consiste à restaurer. L'objectif est de conserver au maximum l'existant ou le remplacer à l'identique jusqu'au fil utilisé pour coudre les feuillets ensemble.
Relier un ouvrage est chronophage. Il faut près de deux mois. La plaçure consiste à débrocher le livre, à le nettoyer et à désacidifier le papier. Parfois, le relieur fabrique sa propre pâte à papier. La durée de la pressure est fonction de l'état du papier. Puis les tâches de couture, d'encollage, d'habillage vont s'enchaîner pour finir chez le doreur car "le titre fait le livre". Une pointe ou scalpel, un plioir en os, un compas, une règle et un crayon sont les outils du relieur et il doit faire preuve aussi de beaucoup patience et de minutie.
Chez Frédérique, pour un ouvrage de format A4, les prix varient entre 116 et 724 euros. Le papier marbré utilisé est la marque de fabrique de notre artisan.
Frédérique Gobet, 26-28, rue Rodier, 75009 Paris. T/ 01.49.30.87.44. Ouvert du mardi au vendredi de 13h à 19h et le samedi de 10h à 19h.
Le Daily Neuvième
Dimanche 13 Mars 2011
