Je serai présente au salon, sous les magnifiques halles de la ville, comme marbreur. Papiers  réalisés à la cuve.




Louis MEDARD


Louis Médard (1768-1841) naquit dans une famille lunelloise de commerçants. Il eut de bonne heure l’amour des livres. Ecoutons-le : « Je dois le goût des livres à des lectures faites en bas âge, sous la direction de mon père… » Dès 14 ans son père qui veillait de près à son instruction organisait ses lectures : « de chaque ouvrage mon père me désignait les passages importants : j’analysais et je griffonnais ».
Elève à Nîmes, des Doctrinaires de la Foi qui avaient succédé aux Jésuites expulsés par Louis XV, Louis Médard y fit « ses humanités » cet enseignement portait essentiellement sur les auteurs grecs, latins et l’histoire.
Il quitta Nîmes, sa foi protestante demeurant intacte.
La mort de son père, les difficultés financières de sa famille l’obligèrent à partir à Lyon, en apprentissage dans les filatures de soie. Suivant la tradition familiale il reprit le commerce des indiennes, de la passementerie mais « ce commerçant, rude en affaires, gestionnaire intraitable, rêvait du bonheur silencieux de se consacrer à ses livres en les revêtant de nouveaux habits ». Il y parvint la quarantaine passée. Il put quitter le commerce et se consacrer à sa collection.
Quatre ans avant sa mort il confirme dans une note du Grand Catalogue de ses livres son intention de léguer sa collection à sa ville natale afin que les écoliers et leurs maîtres puissent en profiter. Il instituait ainsi la gratuité des livres pour les scolaires dès 1837.

Denise Rouger qui pendant vingt ans fut conservateur du fonds Louis Médard a montré la logique du collectionneur dans son recueil : « Entre passion et raison ». En effet Louis Médard truffait ses ouvrages, c’est à dire en terme de bibliophilie insérait dans ses ouvrages des préfaces que ses secrétaires recopiaient dans une admirable calligraphie, il y ajoutait également des lettres autographes de l’auteur, des illustrations.

De ce matériel, se dégage la personnalité du collectionneur. Avant tout un homme de l’époque des Lumières.
Son père lui avait donné à lire et à commenter « Histoire des Deux Indes ». Cet ouvrage, au premier abord un simple ouvrage de géographie économique, décrit d’autres systèmes politiques, d’autres institutions, d’autres mœurs. Le Parlement de Paris qui y avait reconnu la plume subversive et anonyme, ici, des encyclopédistes ne s’y trompa point : il ordonna qu’il fût brûlé.
Il conserva toute sa vie un profond attachement au protestantisme dans lequel il naquit, « avec quel acharnement on persécutait les protestants du Midi » écrit-t-il en relatant les poursuites intentées contre des protestants en 1766, dénoncés pour avoir mangé des bécasses un des jours maigres et en réunion. Il n’oubliait pas les temps encore proches pour lui des dragonnades et des persécutions. Son anticléricalisme allait de pair avec son mépris des Bourbons.
Il reconnaît la force de l’esprit critique : « le libre examen a détruit l’autorité catholique, il a presque dévoré la royauté et le pouvoir légitime, il lui reste maintenant une dernière illusion à détruire, le prestige de la propriété privée ». Ces lignes datent du début du XIXème siècle.

Le collectionneur se constitua une bibliothèque d’honnête homme, affranchi du bien penser et du conformisme, l’esthète y ajouta de prestigieuses éditions, de précieux manuscrits.
Il fut tout aussi attentif aux reliures de ses livres en les revêtant de « nouveaux habits ». Ces habits furent magnifiques et continuent à nous éblouir. Sa collection comporte les œuvres des relieurs les plus représentatifs de son temps. Citons tout d’abord les Simier, père et fils, représentés par 460 reliures, Bauzonnet « le roi des filets », Thouvenin, Bozerian et les autres ! Ils sont tous là, ces maîtres de la reliure du début du XIXeme siècle.

Notre association « Les Amis du fonds Médard » souhaite que les relieurs de notre temps, par des reliures qui expriment les goûts et la sensibilité contemporaine prennent leur suite. A partir des « Egarements chez Louis Médard », qu’ils s’égarent à leur tour dans l’innovation et l’audace !